Relations interpersonnelles

Comment charmer quelqu’un dès le premier contact ?

Deux personnes font connaissance lors d’une première rencontre

Et si tout se jouait avant même que vous sachiez quoi dire ?

Une poignée de main. Quelques secondes. La personne vous regarde, sourit, répond… et presque immédiatement, quelque chose devient facile.

La conversation trouve son rythme. Vous n’avez pas besoin de chercher chaque mot. L’autre non plus. Le courant passe. Puis il y a cette autre rencontre. Vous êtes tout aussi poli.

Peut-être même davantage. Pourtant, quelque chose accroche. Un silence un peu trop long. Un sourire qui arrive une seconde trop tard.

Une impression difficile à expliquer. Vous n’avez encore presque rien dit… et la rencontre semble déjà avoir pris une direction. Nous aimons croire que le premier contact dépend surtout de ce que nous allons dire.

De la bonne phrase. Du bon sujet. Du bon trait d’humour. Et si nous faisions fausse route ?

Moi aussi, j’ai fait fausse route.

Avant les mots, il y a déjà une rencontre

Lorsque vous rencontrez quelqu’un pour la première fois, vous ne commencez pas par échanger des informations. Vous commencez par vous rencontrer. Cela paraît évident. Pourtant, nous nous préparons souvent comme si tout dépendait de ce que nous allons dire.

Pendant ce temps, autre chose se passe déjà. Votre manière d’arriver. Votre regard. La distance que vous laissez.

Votre sourire. Le rythme de votre voix. Votre façon de vous orienter vers la personne. Votre disponibilité.

Et, de l’autre côté, exactement la même chose. Personne ne se dit consciemment :

« Je vais maintenant analyser tous les éléments de cette interaction. »

Heureusement. La rencontre serait longue. Mais quelque chose s’installe. Une question presque silencieuse :

« Est-ce que je suis bien avec cette personne ? »

Pas :

« Est-elle brillante ? »

Pas encore :

« Est-ce que je suis d’accord avec elle ? »

Simplement :

« Est-ce que j’ai envie que cet échange continue ? »

Le piège : vouloir absolument faire bonne impression

C’est ici que les choses peuvent se compliquer. Vous voulez être agréable. Intéressant. À l’aise.

Vous ne voulez surtout pas donner une mauvaise impression. Alors un petit metteur en scène s’installe dans votre tête. Il commence à donner ses instructions :

Tiens-toi droit.
Souris.
Regarde dans les yeux.
Pas trop.
Dis quelque chose.
Pas ça.
Autre chose.

Vous essayez de suivre. Et soudain, vous n’êtes plus vraiment avec la personne. Vous êtes en train de surveiller… votre performance. Le problème n’est évidemment pas de vouloir faire bonne impression.

Le problème apparaît lorsque toute votre attention est aspirée par cette question :

« Qu’est-ce qu’elle pense de moi ? »

Vous êtes physiquement dans la rencontre. Mentalement, vous êtes devenu votre propre spectateur.

Et si vous regardiez moins l’impression que vous produisez ?

Essayez l’inverse. Au lieu de vous demander :

« Quelle impression suis-je en train de donner ? »

demandez-vous :

« Qu’est-ce qui est en train de se passer chez la personne devant moi ? »

Pas pour l’analyser. Encore moins pour lui coller une étiquette. Simplement pour remarquer. Est-elle pressée ?

Réservée ? Très expansive ? Un peu tendue ? Curieuse ?

Attend-elle que vous preniez l’initiative ou semble-t-elle avoir envie de parler immédiatement ? Le but n’est pas de devenir animateur de club de vacances avec une réponse adaptée à chaque catégorie humaine. Le but est beaucoup plus simple :

cesser de supposer que la rencontre se passe uniquement de votre côté.

Parce qu’entre votre intention et ce que l’autre reçoit, il peut déjà se produire un léger écart. C’est précisément ce qui se joue entre votre intention et la première impression reçue. Le premier contact devient alors moins une performance qu’une observation réciproque. Vous n’avez plus besoin de fabriquer immédiatement une personnalité intéressante.

Vous pouvez commencer par être là.

Charmer n’est pas séduire

Le mot « charmer » peut prêter à confusion. Je ne parle pas ici de séduction amoureuse. Ni d’une technique permettant de rendre quelqu’un « irrésistible ». Encore moins d’une manière de manipuler l’autre afin qu’il vous apprécie.

Charmer, dans le sens qui m’intéresse ici, consiste plutôt à créer une atmosphère dans laquelle la personne a envie que la rencontre continue. C’est différent. Certaines personnes vous éblouissent. D’autres vous mettent à l’aise.

Ce n’est pas pareil. L’une cherche parfois l’effet. L’autre crée le contact. Et il arrive qu’une personne fasse les deux, bien sûr.

Mais si je devais choisir ce qui facilite le plus une première rencontre, je miserais rarement tout sur l’éblouissement. Être impressionnant peut attirer l’attention. Être agréable à rencontrer donne parfois simplement envie de rester.

La chaleur ne se fabrique pas

On peut apprendre beaucoup de choses utiles sur la posture, le regard, la voix ou la manière d’aborder quelqu’un. Mais aucun de ces éléments n’est magique. Un sourire parfaitement exécuté reste un sourire parfaitement exécuté. Vous pouvez connaître le bon angle de tête, le bon ton et les trois gestes censés vous rendre « magnétique »…

si vous êtes surtout occupé à vérifier que vous les faites correctement, l’autre risque de sentir quelque chose d’un peu étrange. Les gestes ne sont que des contenants. Ce qui leur donne du poids vient davantage de votre disponibilité. De votre curiosité.

De votre capacité à être réellement là. C’est d’ailleurs ce qui distingue ce premier contact de quelque chose de plus durable : une présence qui donne envie de poursuivre l’échange sans que vous ayez à jouer un rôle. Le premier contact ouvre la porte. Ce que vous faites ensuite détermine si l’autre a envie de rester dans la pièce.

Un bon premier contact n’exige pas de plaire à tout le monde

C’est une bonne nouvelle. Vous n’avez pas besoin de réussir chaque rencontre. Certaines personnes ne vous apprécieront pas. Certaines ne vous comprendront pas.

D’autres seront fatiguées, préoccupées, pressées ou simplement ailleurs. Et parfois, vous ne les apprécierez pas non plus. Cela arrive. Le but n’est donc pas :

« Comment faire pour que tout le monde m’aime ? »

Ce serait épuisant. Et probablement impossible. La question utile est plutôt :

« Qu’est-ce que je peux faire pour placer cette rencontre dans de bonnes conditions ? »

Vous ne contrôlez pas ce que l’autre ressent. Mais vous pouvez éviter d’ajouter inutilement de la tension. Vous pouvez être disponible. Clair.

Attentif. Vous pouvez laisser à la rencontre une chance de devenir agréable. Ce n’est pas rien.

Ce que l’autre ressent change aussi ce que vous ressentez

Puis quelque chose d’intéressant peut se produire. La personne se détend. Vous le remarquez. Vous vous détendez à votre tour.

Votre voix devient plus naturelle. Votre attention revient davantage dans l’échange. L’autre le ressent. Elle se détend encore un peu.

Une petite boucle se met en place. Pas une technique secrète. Pas une formule. Simplement deux personnes qui commencent à s’ajuster l’une à l’autre.

Et parfois arrive cette impression étrange :

« On dirait que nous nous connaissons déjà un peu. »

Rien de spectaculaire ne s’est forcément produit. Vous n’avez pas raconté l’histoire du siècle. Vous n’avez pas fait rire toute la pièce. Vous n’avez pas conquis quelqu’un.

La conversation a simplement cessé d’être un effort. Et c’est peut-être précisément à ce moment que la rencontre commence à devenir intéressante.

La prochaine fois…

La prochaine fois que vous rencontrerez quelqu’un pour la première fois, vous pouvez évidemment vous demander :

« Qu’est-ce que je vais dire ? »

Mais essayez d’ajouter une autre question :

« Qu’est-ce qui est en train de se passer chez la personne devant moi ? »

Regardez. Écoutez. Laissez quelques secondes à la rencontre avant de vouloir la réussir. Et surtout, lorsque votre petit metteur en scène intérieur recommencera :

Souris.
Parle.
Sois intéressant.
Vite !

vous pourrez peut-être lui demander de s’asseoir un instant. Il survivra. Vous aussi. Puis revenez à l’autre.

Pas pour deviner ce qu’elle pense de vous. Pour remarquer simplement si elle semble pouvoir se dire :

« Je peux être bien ici. »

Vous ne l’avez pas conquise. Vous ne lui avez pas appliqué une technique. Vous ne l’avez peut-être même pas particulièrement impressionnée.

Vous l’avez accueillie.

Portrait de Pierre Bertucat

Pierre Bertucat

« Je ne suis pas de mon avis. »

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