Relations interpersonnelles

Le bon cadeau

Une femme échange avec deux personnes autour d’une table

Celui qui illumine un visage… et vous révèle peut-être quelque chose sur vous-même.

Rappelez-vous. Un cadeau que vous avez reçu et qui ne vous correspondait pas du tout. Vous ouvrez le paquet. Vous regardez l’objet.

Puis la personne. Puis de nouveau l’objet. Et vous sentez ce léger malaise monter. Il faut dire quelque chose.

Rapidement. Alors vous fabriquez un sourire convenable et vous trouvez la phrase qui sauve à peu près toutes les situations :

« C’est… très gentil, merci. »

Vous connaissez peut-être ce petit temps d’arrêt après « C’est… ». Il peut durer une demi-seconde. Pour la personne qui a offert le cadeau, il dure parfois beaucoup plus longtemps. Elle vous regarde.

Elle attend. Elle essaie de lire votre visage. Moi aussi, j’ai vécu cette situation des deux côtés. Recevoir un cadeau qui ne me correspondait pas et chercher mes mots.

Mais aussi offrir quelque chose en étant persuadé d’avoir merveilleusement choisi… et comprendre, en voyant la réaction, que je m’étais trompé. Pas forcément de cadeau. Peut-être simplement de personne.

Le problème n’est pas forcément le cadeau

Nous disons facilement :

« Je me suis trompé de cadeau. »

C’est possible. Mais il y a une autre hypothèse. Vous avez peut-être choisi un excellent cadeau…

pour vous.

Quelque chose que vous trouvez beau. Drôle. Original. Pratique.

Élégant. Indispensable. Et comme vous l’aimez, vous imaginez naturellement que l’autre devrait l’aimer aussi. C’est humain.

Nous connaissons parfaitement nos propres critères. Ceux de l’autre sont parfois beaucoup moins visibles. Le cadeau rate alors sa cible non parce qu’il est mauvais, mais parce qu’une petite phrase silencieuse s’est glissée dans votre choix :

« Moi, j’aimerais recevoir ça. »

Seulement voilà… ce n’est pas vous qui allez ouvrir le paquet.

Offrir un cadeau, c’est un drôle de test

Je trouve le cadeau intéressant pour une autre raison. Il rend visible, en quelques secondes, quelque chose qui peut rester caché dans beaucoup d’autres situations.

À partir de qui avez-vous choisi ?

Vous ? Ou la personne qui va recevoir ? Imaginons que quelqu’un vous dise depuis des années :

« Moi, les objets décoratifs, ce n’est vraiment pas mon truc. »

Vous trouvez pourtant une magnifique sculpture. Vous l’adorez. Elle est originale. Elle irait merveilleusement bien…

chez vous. Vous l’offrez. La personne sourit. « C’est… très gentil. »

Ah. À l’inverse, quelqu’un peut vous offrir un objet tout simple dont la valeur marchande est modeste… mais qui fait immédiatement apparaître une autre phrase :

« Mais… comment avez-vous su ? »

Cette question-là m’intéresse beaucoup plus. Parce qu’elle signifie peut-être :

« Vous avez remarqué quelque chose chez moi. »

Et à ce moment, le cadeau ne parle plus seulement de l’objet. Il parle de l’attention portée à la personne.

Le problème n’est pas le budget. Ce sont les critères.

Nous n’accordons pas tous la même importance aux mêmes choses. Ce qui me touche profondément peut vous laisser assez indifférent. Ce qui vous enthousiasme peut me sembler parfaitement inutile. Ce que je trouve élégant peut vous paraître froid.

Ce que je trouve pratique peut vous sembler terriblement ennuyeux. Un cadeau coûteux mais mal ajusté peut produire moins d’effet qu’un geste beaucoup plus simple qui correspond réellement à la personne. Ce n’est donc pas nécessairement une question de prix. Un budget plus important permet d’acheter davantage.

Il ne permet pas automatiquement de mieux choisir. Pour mieux choisir, il faut autre chose. Des indices. Et ces indices sont souvent déjà là.

La personne parle. Réagit. S’enthousiasme. Se plaint.

Raconte. Mentionne quelque chose en passant. Vous montre un objet. Revient plusieurs fois sur un sujet.

Vous n’avez pas forcément besoin de lui demander :

« Quel cadeau voulez-vous ? »

Parfois, la réponse est déjà disséminée dans plusieurs conversations ordinaires. Encore faut-il l’avoir remarquée.

Le moment du WOW

Imaginez maintenant l’autre scène. Vous tendez le paquet. La personne l’ouvre. Elle regarde.

Et quelque chose change dans son visage avant même qu’elle ait eu le temps de fabriquer une réaction. Ce n’est plus :

« C’est… très gentil, merci. »

C’est plutôt :

« Mais… comment avez-vous su ? »

Voilà mon WOW. Pas nécessairement un cri. Pas une personne qui saute au plafond. Ce peut être beaucoup plus discret.

Un regard qui change. Un silence. Un sourire qui arrive tout seul. Parce que, soudain, l’objet semble avoir touché quelque chose de très précis.

Et ce qui fait plaisir à la personne qui offre n’est alors pas seulement :

« J’ai trouvé un bon objet. »

C’est plutôt :

« J’ai vu juste. »

Nuance importante.

Et si votre cadeau parlait aussi de vous ?

Voici maintenant la question un peu moins confortable. Lorsque vous offrez quelque chose… qu’est-ce que votre choix révèle de votre manière de regarder l’autre ? Prenons un exemple très simple.

Une personne adore les choses utiles. Vous adorez les surprises extravagantes. Vous pensez :

« Cette fois, je vais la sortir un peu de ses habitudes. »

Pourquoi pas ? Mais êtes-vous en train de chercher ce qui lui fera plaisir… ou ce qui vous donnera à vous le plaisir de provoquer une réaction spectaculaire ? Autre possibilité.

Vous détestez offrir quelque chose que vous jugez « trop banal ». Seulement, ce fameux cadeau banal est précisément ce dont l’autre rêve depuis six mois. Alors ? Qui doit gagner ?

Votre définition d’un cadeau réussi ? Ou la sienne ? C’est ici que le cadeau devient un exercice beaucoup plus intéressant qu’il n’y paraît. Parce qu’il vous oblige à quitter momentanément vos propres critères.

Et parfois, vous découvrez ceci :

« J’étais persuadé de penser à l’autre… mais j’étais encore en train de choisir à partir de moi. »

Cela arrive. À moi aussi.

Trois questions avant de choisir

Avant votre prochain cadeau, je vous propose simplement trois questions. Pas un test compliqué. Pas une grille de trente-sept critères. Trois questions.

1. Qu’est-ce que cette personne apprécie réellement ?

Pas ce qu’elle devrait apprécier. Pas ce que vous aimeriez qu’elle apprécie. Ce qu’elle semble réellement aimer.

2. Qu’est-ce qu’elle m’a déjà montré sans forcément me le dire directement ?

Une réaction. Une remarque. Une habitude. Une envie exprimée en passant.

Quelque chose qu’elle regarde toujours. Quelque chose qu’elle n’achèterait peut-être pas elle-même.

3. Suis-je en train de choisir pour elle… ou pour moi ?

Celle-là peut faire mal. Gardez-la quand même. Elle est utile.

Ce n’est pas seulement une histoire de cadeau

Vous voyez probablement où je veux en venir. Le cadeau est un exemple particulièrement visible. Mais le mécanisme apparaît ailleurs. Nous donnons un conseil parce que nous aimerions le recevoir.

Nous proposons une solution parce qu’elle correspond à nos critères. Nous félicitons quelqu’un de la manière dont nous aimerions être félicité. Nous essayons parfois d’aider l’autre exactement comme nous voudrions qu’il nous aide. Avec d’excellentes intentions.

Et pourtant… ce que nous pensons donner n’est pas toujours ce que l’autre reçoit. C’est justement le décalage entre ce que nous pensons donner et ce que l’autre reçoit. Le cadeau nous permet simplement de voir ce mécanisme presque instantanément.

Vous donnez. L’autre ouvre. Son visage répond. Rapide.

Pratique. Parfois impitoyable.

Peut-on apprendre à mieux choisir ?

Je pense que oui. Pas en apprenant une liste du genre :

« Si la personne est comme ceci, achetez cela. »

Ce serait pratique. Et probablement faux assez souvent. En revanche, vous pouvez devenir plus attentif aux indices que l’autre vous donne. Vous pouvez apprendre à ne pas décider trop rapidement ce qu’ils signifient.

Vous pouvez aussi retenir une information. Ce qui paraît évident, mais… combien de fois quelqu’un vous a-t-il dit :

« Tu sais pourtant que je n’aime pas ça ! »

Et vous avez pensé :

« Ah oui… c’est vrai. »

L’information était disponible. Elle n’était simplement pas disponible au bon moment dans votre tête. Observer mieux ne signifie donc pas devenir psychologue. Cela signifie parfois seulement écouter suffisamment pour que les petites informations importantes ne disparaissent pas cinq minutes après la conversation.

La prochaine fois…

La prochaine fois que vous chercherez un cadeau, ne commencez peut-être pas immédiatement par :

« Qu’est-ce que je pourrais acheter ? »

Commencez un peu plus tôt. Par la personne. Qu’est-ce qui lui plaît ? Qu’est-ce qui compte pour elle ?

Qu’est-ce qu’elle vous a montré ? Qu’est-ce qu’elle a peut-être dit en passant et que personne n’a vraiment retenu ? Et puis posez-vous cette dernière question :

« Est-ce que je cherche son cadeau… ou le cadeau que j’aimerais lui offrir ? »

Les deux ne sont pas toujours identiques. Vous n’aurez pas systématiquement le cadeau parfait. Heureusement. Nous n’avons pas besoin de transformer Noël en examen final de psychologie appliquée.

Mais de temps en temps, vous verrez peut-être apparaître ce regard. Puis cette question :

« Mais… comment avez-vous su ? »

À ce moment-là, vous ne lui aurez pas seulement offert quelque chose.

Vous aurez fait attention à elle.

Portrait de Pierre Bertucat

Pierre Bertucat

« Je ne suis pas de mon avis. »

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